La 1ère guerre mondiale à Saint-Aubin des Bois (1914 – 1918) :

Le 11 novembre 1918 entrait en vigueur, à 11 H, l’armistice, mettant un coup d’arrêt à cette folie meurtrière sur notre sol.

Nous allons tenter de retracer le destin tragique de ces 21 soldats “Morts pour la France” nés dans notre commune ou étant venus y habiter au gré de mariages ou recherches de travail et honorés sur une plaque de marbre apposée soit dans la salle de réunion du Conseil Municipal, soit à l’église.

Ces soldats ont eu des destins divers : disparus au cours des combats, prisonniers, blessés à diverses reprises, ayant contracté des maladies en service, célibataires, mariés laissant des enfants souvent en bas âge et des veuves.N’oublions pas aussi ceux qui s’en sont sortis avec des séquelles irréversibles, blessés, handicapés, prisonniers, devant exister dès lors avec toutes ces horreurs vécues dans leurs chairs et revenant sans cesse en mémoire.Nous verrons aussi que les conflits complémentaires extérieurs ont entrainé quelques uns de nos soldats dans les armées d’Orient, jusqu’en Turquie actuelle parfois.


– Les soldats “Morts pour la France” :
  • Alexandre Olivier né en 1881 à Saint Aubin des Bois :

Soldat au 23ème régiment d’infanterie coloniale, 7ème compagnie, est décédé à Becquincourt (Somme) le 2 juillet 1916 à seize heures des suites de blessures de guerre. Mort pour la France. Décédé à 34 ans et 9 mois.

  • Besnard François Eugène né en 1885 à Iffendic (Ille-et-Vilaine) :

Soldat de 2ème classe au 176ème régiment d’infanterie, 1ère compagnie de mitrailleuses, est décédé au secteur 502, à l’hôpital, le 22 octobre 1916 à cinq heures par suite de maladie contractée en service. Mort pour la France. Décédé à 31 ans et 6 mois. Marié à Saint-Aubin des Bois en 1910, un enfant né en 1914.

  • Boucher Joseph Eugène Victor né en 1884 à Saint-Aubin des Bois, maçon :

Soldat de 1ère classe au 101ème régiment d’infanterie, a été porté disparu aux combats des Éparges, arrondissement de Verdun (Meuse) le 11 avril 1915. Mort pour la France. Décédé à 31 ans. Marié à Saint-Aubin des Bois en 1908, il était maçon. Un enfant, Paul, né en 1910. Par jugement du 27 octobre 1920, le Tribunal de Chartres a déclaré que le dénommé Joseph Eugène Victor Boucher est décédé aux Éparges (Meuse). Campagne contre l’Allemagne du 5 août 1914 au 11 avril 1915.

  • Bruneau Gaston Albert né en 1892 à Nogent-le-Rotrou, journalier :

Sergent au 5ème régiment d’infanterie coloniale, 6ème compagnie, depuis le 22 avril 1917, domicilié en dernier lieu à Saint-Aubin des Bois, est mort pour la France devant le plateau de Krivitza (Serbie) le 15 septembre 1918 à six heures du matin. Armée d’Orient, Franchet d’Esperey. Tué à l’ennemi. Mort pour la France. Décédé à 26 ans et 8 mois. Célibataire. Campagne contre l’Allemagne du 2 août 1914 au 15 septembre 1918.

  • Chaboty Edmond Arthur né en 1899 à Saint-Aubin des Bois :

Caporal au 1er bataillon du 19ème régiment de tirailleurs algériens, est décédé à Aïn Tab (Syrie) le 31 janvier 1921, sur le champ de bataille, à deux heures du soir, célibataire. Noté décédé en Cilicie. Mort pour la France. Décédé à 22 ans.

  • Crosson Maxime Léonard né en 1890 à Saint-Denis des Puits, charretier :

Soldat au 101ème régiment d’infanterie, 2ème classe, est décédé au domicile de ses père et mère le 8 octobre 1919 à Saint-Aubin des Bois, en convalescence suite à maladie contractée au service. Mort pour la France. Décédé à 28 ans et 10 mois. Célibataire. Campagne contre l’Allemagne du 3 août 1914 au 8 octobre 1919.

  • Fleury Gabriel Joseph né en 1890 à Saint-Aubin des Bois, journalier agricole :

Par jugement du 2 février 1921, le Tribunal de Chartres a déclaré que le dénommé Gabriel Joseph Fleury, soldat de 2ème classe au 101ème régiment d’infanterie, est décédé en Belgique le 22 août 1914 devant Ethe et Gomery. Il a été porté disparu en Belgique ainsi qu’il résulte d’un acte de disparition en date du 7 septembre 1914, présumé prisonnier.
Prisonnier décédé antérieurement au 12 janvier 1915, blessures de guerre, sépulture inconnue. Décès fixé par jugement déclaratif. Mort pour la France. Décédé à 24 ans et 7 mois. Célibataire. Cité à l’ordre du régiment en date du 17 mars 1919 “soldat très brave et très dévoué, a trouvé une mort glorieuse à Bleid (Belgique) en faisant courageusement son devoir” (extrait de l’état des services, manuscrit). Médaille militaire (Dreux le 8 septembre 1919). Campagne contre l’Allemagne du 3 août 1914 au 22 août 1914.

  • Fleury Paul Désiré né en 1883 à Cintray, frère du précédent, journalier :

Soldat de 1ère classe au 54ème régiment d’infanterie, 3ème compagnie de mitrailleuses, classe 1903, domicilié en dernier lieu à Saint-Aubin des Bois, est décédé à Bouchavesnes (Somme) à onze heures par suite de blessure d’obus le 25 septembre 1916. Mort pour la France. Décédé à 33 ans et 6 mois. Transcription du décès : “Nous n’avons pu nous transporter auprès de la personne décédée et nous assurer de la réalité du décès, l’endroit où il s’est produit n’ayant été occupé que momentanément “. Cité à l’ordre n° 56 de la 25ème brigade d’infanterie du 8 octobre 1916 : “soldat discipliné et courageux. Au feu depuis le début de la campagne, s’est distingué particulièrement dans la journée du 25 septembre 1916 par son sang froid et sa bravoure. Tué en montant à l’assaut le 25 septembre 1916. Croix de guerre. Médaille militaire, JO (Journal Officiel) du 6 mai 1922, page 937”. Campagne contre l’Allemagne du 12 août 1914 au 25 septembre 1916.

  • Gentil Victor Théodore né en 1879 à Commer (Mayenne) :

Soldat de 2ème classe au 26ème régiment d’infanterie territoriale. Il est décédé sur le terrain à Ramillies (Nord), décès constant, le 6 septembre 1914. Mort pour la France. Décédé à 35 ans et 8 mois. Marié à Saint-Aubin des Bois en 1912, un enfant reconnu né en 1909. Une note du 8 mars 1917 émanant de la mairie de Saint-Aubin des Bois confirme qu’aucune nouvelle n’a été reçue du soldat Gentil Victor Théodore, classe 1899, du 26ème régiment d’infanterie territoriale depuis la réception à la mairie d’un avis en date du 5 février 1917 signalant sa disparition au combat à Ramillies (Nord) le 26 août 1914. Signé Maupertuis. Inhumé à Ramillies, fosse commune 9.

  • Graffin Albert Germain né en 1894 à Saint-Aubin des Bois, boucher :

Soldat de 2ème classe à la 3ème compagnie du 131ème régiment d’infanterie, est tombé glorieusement pour la patrie devant Rancourt (Somme) le 1er novembre 1916, à cinq heures trente, par suite de blessure de guerre par éclat d’obus. Tué à l’ennemi. Mort pour la France. Décédé à 22ans et 9 mois. Campagne contre l’Allemagne du 4 septembre 1914 au 1er novembre 1916.

  • Maintenant Ernest Henri Alexandre né en 1873 à Bizou (Orne), cultivateur :

Prisonnier de guerre devant Verdun le 22 février 1916, âgé de 46 ans, célibataire, est décédé à Meschede (Allemagne), hôpital des prisonniers de guerre, le 23 décembre 1918 à deux heures trente du matin. Il avait été affecté au 29ème régiment territorial d’infanterie.
En captivité à Meschede du 13 mai 1916 au 23 décembre 1918. Après traduction d’un acte de décès établi en langue allemande déposé aux archives de la guerre : “Le médecin chef de l’hôpital des prisonniers de guerre de Meschede a déclaré que le prisonnier de guerre français Ernest Henri Alexandre Maintenant est décédé à Meschede, hôpital des prisonniers de guerre le 23 décembre 1918, à deux heures et demie du matin, de maladie”. Mort pour la France. Décédé à 45 ans et 3 mois. Marié à Saint-Aubin des Bois en 1897, deux enfants nés en 1900 et 1905. Campagne contre l’Allemagne du 4 août 1914 au 23 décembre 1918.

  • Maufrais Georges Émile né en 1885 à Saint-Aubin des Bois, un cultivateur :

Maréchal des logis au 101ème régiment d’artillerie lourde depuis le 16 juillet 1916, 12ème groupe, colonne légère, classe 1905, est mort pour la France à Troyes (Aube), à l’hôpital complémentaire numéro 4, le 15 janvier 1918 suite de maladie contractée au service. Décédé à 33 ans. Mort pour la France. Marié à Berchères les Pierres en 1909, un enfant né en 1910. Campagne contre l’Allemagne du 3 août 1914 au 15 janvier 1918.

  • Meslard Hilaire Paul Armand né en 1884 à Fontenay-sur-Eure, charretier :

Soldat au 413ème régiment d’infanterie depuis le 21 janvier 1917, a été porté disparu au plateau de Californie à Craonne (Aisne) le 17 mai 1917, tué à l’ennemi. Mort pour la France. Décédé à 33 ans et 4 mois. Marié à Amilly en 1908. Dernier domicile à Saint-Aubin des Bois. Campagne contre l’Allemagne du 5 août 1914 au 17 mai 1917.

  • Noue Adelphe Joseph Louis né en 1879 à Saint-Aubin des Bois, marchand de porcs :

Soldat de 2ème classe à la 4ème compagnie de mitrailleuses du 203ème régiment d’infanterie, blessé le 27 septembre 1915 à Neuville-Saint-Waast (Pas-de-Calais), entorse du pied droit. Est décédé aux positions devant le Mort-Homme (Meuse) le 30 juin 1916 à deux heures du matin, par suite de maladie contractée en service. Mort pour la France. Décédé à 37 ans. Marié en 1905 à Bailleau-l’Evêque. Campagne contre l’Allemagne du 5 août 1914 au 29 septembre 1915, intérieur du 30 septembre 1915 au 4 mai 1916 et à nouveau contre l’Allemagne du 5 mai 1916 au 30 juin 1916.

  • Roch Joseph Alexandre né en 1883 à Chuisnes, cultivateur :

Soldat au 21ème régiment d’infanterie coloniale, est décédé à Maricourt (Somme) le 30 septembre 1914. Mort pour la France. Décédé à 31 ans. Marié à Saint-Arnoult des Bois en 1911, un enfant né en 1912. Campagne contre l’Allemagne du 12 août 1914 au 30 septembre 1914.

  • Roquillet Georges Ernest né en 1883 à Saint-Aubin des Bois :

Caporal à la 23ème compagnie du 4ème régiment de zouaves, est décédé près des carrières d’Haudromont (Meuse) le 14 décembre 1916, à huit heures du matin, tué à l’ennemi. Mort pour la France. Décédé à 23 ans et 9 mois. Transcription du décès : “Par suite de circonstances de guerre, nous n’avons pu constater de visu la réalité du décès”.

  • Roulleau Edmond Louis Augustin né en 1891 à Saint-Aubin des Bois, maréchal ferrant :

Affecté au 26ème régiment d’artillerie à Chartres, grade 1er canonnier conducteur, est décédé au domicile de ses père et mère le 20 octobre 1918, à Saint-Aubin des Bois de maladie contractée en service, paludisme contracté en Orient. Mort pour la France. Décédé à 27 ans et 4 mois. Célibataire. Campagne contre l’Allemagne du 2 août 1914 au 20 octobre 1918.

  • Salmon Alfred Georges né en 1883 à Amilly, berger :

Soldat de 2ème classe à la 5ème compagnie du 101ème régiment d’infanterie, est décédé au secteur de Tavannes près de Verdun (Meuse) le 3 juin 1916 à trois heures. Mort pour la France. Tué à l’ennemi. Décédé à 33 ans et 3 mois. Campagne contre l’Allemagne du 11 août 1914 au 3 juin 1916.

  • Sortais Louis Joseph Gabriel né en 1896 à Grognault, charretier :

Soldat de 2ème classe affecté au 7ème régiment d’infanterie coloniale, disparu le 18 octobre 1916 à Souain (Marne), fait prisonnier de guerre à Souain le 18 octobre 1916, est envoyé en captivité à Dulmen jusqu’au 31 janvier 1918. Il est décédé à Friemersheim (Allemagne) à l’hôpital Bertha (Lazaret) le 31 janvier 1918 à trois heures trente du matin, suite à un accident en captivité. Il a été inhumé au cimetière local de Friemersheim, champ II section II et III, tombe 38. Mort pour la France. Il avait 22 ans. Célibataire. Campagne contre l’Allemagne du 9 avril 1915 au 31 janvier 1918.

  • Tacheau Eugène Félix Emile né le 19 février 1899, charretier :

Affecté au 412ème Régiment d’Infanterie, a disparu le 18 mars 1920 à Ourfa (Turquie d’Asie). Le 412ème R.I. est désigné en 1919 pour partir en Syrie-Cilicie rejoindre l’Armée du Levant au sein de la 156ème D.I. (Division d’Infanterie) jusqu’en 1921, mission française de protection des minorités chrétiennes. Noté décédé le 11 avril au cours du siège d’Ourfa par l’armée turque. Mort pour la France. Décédé à 21 ans et 1 mois. Transcription du décès : “Attendu qu’il résulte des documents communiqués par le Ministre de la guerre que le soldat Eugène Félix Emile Tacheau du 412ème régiment d’infanterie a disparu le 18 mars 1920 à Ourfa, que l’enquête administrative faite par le Ministre de la guerre postérieurement au retour des prisonniers de guerre n’a révélé aucun fait de nature à faire présumer l’existence du susnommé , que depuis la disparition qui a pour cause un fait de guerre il s’est écoulé plus de deux années. Attendu qu’il importe de faire application de la loi du 25 juin 1919 et de déclarer le décès du disparu. Par ces motifs dit et déclare que le soldat Eugène Félix Emile Tacheau du 412ème régiment d’infanterie, né à Saint-Aubin des Bois le 19 février 1899, fils légitime de Paul Eugène et de Caroline Louise Emilia Gouju, célibataire, domicilié en dernier lieu à Saint-Aubin des Bois, est mort pour la France.
Fixé au 18 mars 1920 jour de la disparition de la date présumée du dit décès survenu à Ourfa Turquie d’Asie”. Campagne contre l’Allemagne du 16 avril 1918 au 23 octobre 1919.

  • Triboit Marie Alexis né en 1893 à Saint-Aubin des Bois, charretier :

Soldat de 2ème classe au 101ème régiment d’infanterie, célibataire, a été porté disparu à Ethe (Belgique), ainsi qu’il résulte d’un acte de disparition en date du 7 septembre 1914 ; qu’il y a lieu de présumer que ce décès s’est produit le 22 août 1914, jour de la disparition (jugement déclaratif de décès par le Tribunal civil de Chartres le 31 mai 1921). Mort pour la France. Décédé à 21 ans et 1 mois. Inhumé à Bleid (Belgique) “par les autorités allemandes”, sépulture inconnue. Campagne contre l’Allemagne du 7 août 1914 au 22 août 1914.

La mention “Mort pour la France” : cette mention a été instituée par la loi du 2 juillet 1915, modifiée par la loi du 22 février 1922, au lendemain de la Première Guerre Mondiale. Les textes qui ont étendu ultérieurement le droit sont codifiés dans l’article L.488 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre qui stipule que “doit, sur avis favorable de l’autorité ministérielle, porter la mention “Mort pour la France”, tout acte de décès d’un militaire ou civil tué à l’ennemi ou mort dans des circonstances se rapportant à la guerre”.

Une notion primordiale à retenir : la preuve doit être apportée que la cause du décès est la conséquence directe d’un fait de guerre. Par ailleurs, si la nationalité française est exigée pour les victimes civiles de la guerre y compris les déportés et internés politiques, elle ne l’est pas pour les membres des forces armées y compris les déportés et internés résistants. (ONACVG)

La mention “Mort pour la France” est une récompense morale visant à honorer le sacrifice des combattants morts en service commandé et des victimes civiles de la guerre. Elle confère aux victimes une reconnaissance et un statut individuel (droit à la sépulture individuelle et perpétuelle dans un cimetière militaire aux frais de l’Etat par la loi du 29 décembre 1915, création d’associations de veuves et d’orphelins, pension de veuve de guerre).

La loi n° 2012-273 du 28 février 2012 précise dans son article 2 que lorsque la mention “Mort pour la France” a été portée sur son acte de décès dans les conditions prévues à l’article L.488 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes d guerre, l’inscription du nom du défunt sur le monument aux morts de sa commune de naissance ou de dernière domiciliation ou sur une stèle placée dans l’environnement immédiat de ce monument est obligatoire.


Michel GUESNET

Le premier confinement en 2020 m’a permis de rechercher une grande partie des autres soldats qui ont été mobilisés, hommes nés ou résidant dans la commune, ou de parents saint aubinois, rappelés. Le premier travail a été de faire la liste de ces hommes dont la classe de mobilisation s’étageait entre 1890 et 1920 en épluchant les registres d’état civil. Ensuite il a fallu rechercher les noms dans les listes des registres matricules militaires établies par les archives départementales. Avant, trouver le bon bureau de recrutement (Chartres ou Dreux). Et accéder à la liste alphabétique quand celle-ci n’est pas illisible. A l’étude de ces archives, on se rend compte de toute la souffrance que ces personnes ont du endurer pendant le temps de leur mobilisation : blessés, hospitalisés, prisonniers, gazés, séquelles psychologiques, éloignement. Ma liste comporte pas moins de 135 noms de saint aubinois qui ont eu la chance de revenir dans leurs foyers mais dans quelles conditions!