Le clocher

Dans son rapport “Statistique des édifices et bâtiments communaux”, datant du 16 avril 1852, l’Agent-voyer du canton de Chartres écrit : “clocher octogonal perché sur l’église et supporté intérieurement par quatre lourdes chandelles. En bois et recouvert en forme de calotte. Couverture en ardoises en vétusté, les bois en partie vermoulus ne pouvant plus attendre une reconstruction. Son état est tel que depuis plusieurs années la commune a renoncé à le réparer.

La charpente de l’église a souffert du poids du clocher. Dans l’intérêt de sa conservation il vaudrait mieux faire disparaître le clocher du dessus, réparer son emplacement et enfin construire un clocher avec tour à côté de l’église”.

Un plan de reconstruction du clocher, à l’échelle de 0,01 m pour 1 m, est dressé par Mr LEBRUN, l’agent voyer cantonal, à la date du 4 mai 1853; il sera vu par le Préfet d’Eure et Loir, pour être annexé au devis approuvé à la date du 30 avril 1855.

Avis de l’évêque de Chartres : ” Considérant que la démolition du vieux clocher de Saint Aubin et la reconstruction d’une nouvelle flèche en remplacement sont choses urgentes et indispensables, tant pour la nécessité de convoquer les fidèles aux offices divins que pour signaler les cas d’incendie assez fréquents dans la Beauce, Considérant que le plan présenté offre l’aspect d’une construction gracieuse et en conformité avec le style général de l’église, et qu’il répond aux besoins auxquels cette partie de l’édifice est destinée.” Chartres le 13 juillet 1853

1Prévisions pour la reconstruction :

Le clocher actuel perché sur l’église et qui est en mauvais état sera démoli pour être reconstruit à neuf à l’entrée de l’église et adossé au pignon avec tour en maçonnerie.

L’emplacement du vieux clocher sera réparé tant en charpente qu’en couverture et en bardeau ou lambris. (La réparation sera réalisée par Mr GUIARD, charpentier à Saint Georges sur Eure).

La tour formera un carré intérieur de trois mètres cinquante centimètres au niveau des fondations qui seront descendues jusque sur le solide et arasées au niveau du pavage de l’église sur un mètre dix centimètres d’épaisseur débordant de dix centimètres l’aplomb des murs en élévation, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Les murs auront quatre vingt dix centimètres d’épaisseur au niveau des fondations pour se réduire au moyen de retraites successives extérieures à soixante centimètres au niveau du faîtage de l’église, sommet projeté de la tour et en conservant un aplomb intérieurement.

Deux contreforts d’angle de un mètre et vingt centimètres sur un mètre et trente centimètres en fondations et se réduisant de quatre vingt centimètres sur soixante centimètres au sommet seront construits en même temps que la tour et en liaison.

Le sommet de la tour sera couronné d’un entablement destiné à recevoir le clocher de forme octogonale, surmonté d’une flèche.

Dans l’angle nord de la tour sera aménagé une petite tourelle engagée pour recevoir l’escalier.

Il sera fait tous arrachements et reprises à la vieille maçonnerie du pignon, pour la relier à la nouvelle.

Seront construits et appareillés en pierres de taille les contreforts à partir de cinquante centimètres en contrebas du pavage, avec chaînes verticales aux angles rentrants et formant carreau et boutisses. Les angles de la tour à la rencontre du pignon de l’église aussi chaînés.

Les baies de portes et fenêtres, l’entablement, le seuil, les cordons, le socle et le dallage seront en briques. Les angles intérieurs des baies et les angles de la tour chaînés de haut en bas.

Le reste de la maçonnerie en cailloux.

Dans la hauteur de la tour seront établis trois planchers en bois. Sur le sommet un plancher d’enrayure avec assemblage dans les poteaux de pans, ce plancher destiné à supporter la cloche et son armature.

Au sommet de la cage, une autre enrayure pour relier les poteaux d’angle, avec trois enrayures moisées de la hauteur de la flèche.

Dans chaque pan de la cage, sera aménagée une petite lucarne.

Le clocher sera couvert en ardoises avec égouts et noues en zinc.

Tous les matériaux et général de démolition qui ne seraient pas réemployés sont expressément réservés à la commune. A cet effet l’entrepreneur sera tenu d’en faire le triage et rangement nécessaire”.

Normalement, il n’y a pas de clocher sans cloche, ni sans coq !

2-La cloche :

Le mot cloche vient de l’allemand glocke (de keloken, frapper). La cloche fut désignée primitivement par d’autres noms : elle fut appelée signum, signal, campana parce que c’était en Campanie (province d’Italie) que l’on tirait les plus beaux objets en métal, et de même nola, de la ville de Nole où se trouvait une fonderie renommée de clochettes, d’eschelettes comme on les appelait au Moyen-Age. C’est au christianisme que celles-ci doivent leur forme grandiose et la généralisation de leur emploi dans les cérémonies cultuelles.

Particularités : la matière des cloches est ordinairement un mélange de cuivre rouge et d’étain fin, combinés ensemble dans les proportions bien définies. Chaque cloche a un son qui correspond à l’une des notes de la gamme. Les cloches peuvent aussi être couvertes d’inscriptions et de dessins en relief. Du point de vue chrétien, les fonctions de la cloche sont résumées ainsi : “Je loue Dieu, j’appelle le peuple, je convoque le clergé, je pleure les morts, je chasse la foudre, je relève la pompe des solennités“. Entre autres vibrations, on peut distinguer celles-ci : la volée, le glas, le tocsin. La bénédiction des cloches s’appelle le baptême, une cloche a un parrain et une marraine; c’est à l’évêque ou au prêtre qu’il a désigné, qu’il appartient de bénir la cloche.

En 1544, assemblée des habitants de Saint Aubin des Bois décidant la refonte des cloches de l’église. Le 5 et le 6 novembre 1544, les cloches furent refondues par Thomas CHAUVEL.

Dans sa séance extraordinaire du 4 janvier 1895, sous la présidence de Mr LASNE, Maire, le Conseil Municipal décide à l’unanimité que la cloche de l’église sera remplacée et qu’il sera fait l’acquisition d’une cloche pesant environ 500 kg. Cette décision est intervenue après que la cloche se soit cassée par accident, devenant par là même hors de service. Ce projet s’élève à 800 F. C’est la Fabrique qui règlera la note avec le secours de la commune. Le fondeur est retenu, ce sera le sieur Georges BOLLÉE, fondeur de cloches à Orléans.

C’est ainsi que la nouvelle cloche trouvera sa place; les inscriptions suivantes sont fondues avec, c’est ce que l’on appelle des inscriptions campanaires : je me nomme Pauline Marie Angèle, je sonne le sol et je pèse 520 kg, j’ai été bénie le 24 février 1895 par MR DANCRET, archiprêtre, assisté de MR l’abbé DAUVILLIERS, curé de cette paroisse ST AUBIN, SS LEON XIII étant pape, MGR LAGRANGE, évêque, MR LASNE Maire, G. MAUPERTUIS, MARTIN, LEROY et LUTHON, THEAU, marguilliers. J’ai eu pour parrain l’abbé MARCHAND, Aumônier de l’Hôtel Dieu, ancien curé de la paroisse, et pour marraine Demoiselle Camille DAUVILLIERS, soeur du desservant.

Un marguillier est un membre du Conseil de Fabrique chargé d’administrer les biens d’une paroisse”.

La cloche porte, fondues dans la masse, une croix, une représentation de la Vierge et une de saint Aubin, patron de la paroisse, ainsi que la marque distinctive du fondeur. Une autre inscription est ainsi libellée “ST AUBIN protégez les familles chrétiennes”.

Voici quelques mots du commentaire que l’abbé DAUVILLIERS a fait de cette cérémonie : “…le concours des fidèles était remarquable et chacun était heureux d’assister à la petite fête de famille. Messieurs les curés des environs ont rehaussé de leur présence la touchante cérémonie religieuse. Puisse la nouvelle cloche, consacrée au service divin, faire entendre longtemps sa voix harmonieuse et attirer les fidèles…”

En décembre 1985, le Conseil Municipal met à l’étude la possibilité d’électrification de la cloche. Ce qui sera fait quelque temps plus tard. Adieu la corde! Certaines inscriptions provenant d’ouvriers ayant effectués des travaux dans le clocher nous rappellent certains faits comme celui-ci :

Au hasard des recherches sur les registres d’état civil de la commune, nous sommes tombés sur la bénédiction de cette cloche qui a certainement précédé Pauline Marie Angèle, la cloche actuelle.

Bénédiction de la cloche : “l’an mil sept cent soixante et dix huit a été par moy prêtre curé de cette paroisse soussigné bénie la cloche le vingt six janvier et a été nommée amand marie aubin par pierre amand torcheux gager en charge et marie jeanne pipereau femme de jacques maillard laboureur qui ont tous deux signé avec nous de ce interpellés suivant l’ordonnance. Suivent les signatures des membres présents, et Bordier, curé de St aubin des bois”. En marge, elle pèse douze cent vingt trois livres!

Rappelons que Pierre Amand Torcheux est l’arrière grand père de Marcel Proust!

3-Le coq :

L’ancien coq, conservé en mairie, foudroyé le 29 mars 2001 au cours d’un violent orage, a été remplacé, par un congénère plus trapu provenant de “l’Atelier des Beaux Arts”, par l’entreprise Leroy-Durand. Il a été mis en place le 27 septembre 2001.

Le vieux coq, après bien des années à indiquer les vents dominants, a passé le relais à un congénère un peu plus trapu. Il a connu bien des vicissitudes comme des tirs de balles pendant la dernière guerre, dont on remarque les traces, pour finir foudroyé sous un orage terrible qui lui a fait éclater la queue! Il a été récupéré et trône actuellement dans la salle de conseil municipal, à l’abri des intempéries!

Voici le nouveau coq en cuivre qui a pris sa fonction en haut de notre clocher. Nous assistons ici à la passation de pouvoir mais je ne me souviens plus de ce qu’ils ont bien pu se raconter! Mais au moins le vieux coq, lui, avait des pattes, mais il était si maigre, si pâle, si calme!

Le coq fait aussi office de support du paratonnerre. Des travaux avaient été entrepris sur le paratonnerre en février 1980.

Autres travaux entrepris sur le clocher :

Le 16 juillet 1932, Mr le Maire expose que le clocher de l’église est en très mauvais état, que chaque année les frais occasionnés par les réparations sont assez élevés et qu’il serait plus avantageux pour la commune de faire procéder à la réfection de la couverture. Un devis est demandé à Mr GUITTET, architecte à Chartres. Coût 18 500 F.

En 1991, réparation du clocher par Mr LEVACHER, couvreur à Thivars (28)

Des derniers travaux de réfection du clocher ont été entrepris à partir du 15 octobre 2012 afin de remplacer les crochets d’ardoises qui étaient défectueux par des clous cuivrés crantés recommandés par l’architecte des bâtiments de France. En effet, les ardoises qui se décrochaient, et même quelques pierres de la tour, constituaient un réel danger pour la population.

Eléments des travaux : échafaudage de pied avec protection, dépose des ardoises, des liteaux et évacuation (148,10 m2), couverture en ardoises Espagne CUPA, 30×20, épaisseur 4.5, sur volige en sapin traité, au clou (148,10 m2), arêtier fermé compris raccord (142,80 m2), entablement en zinc et plomb (17,20 m), tranchis (34,40 m), corniche en zinc (17,20 m), houteaux en zinc anthra, embase en zinc en haut du clocher avec coq en zinc. En même temps réfection des joints de pierre sur le glacis du pilier sud ouest du clocher.

Ce sera 7 000 ardoises posées, 14 000 clous !

Un devis avait été demandé pour un cadran horaire sur le clocher, mais c’est resté en l’état. mais reste encore l’oeil bien rond sur le pilier nord du clocher.

Et le 26 septembre 2013, ce fut l’inauguration des travaux réalisés sur le clocher, en présence de Albéric de Montgolfier, Président du Conseil Général, Nicolas André, Conseiller Général du canton, Jean Pierre Gorges, maire de Chartres, Président de Chartres Métropole.

Anecdote : le jour où le clocher a failli disparaître sous terre !!! Cela s’est passé le 22 novembre 2020 au cours d’une randonnée du côté de Chazay. Vision incroyable en prenant le chemin à gauche après l’ancienne station d’épuration, sur le trajet de la canalisation de transfert des effluents de cette station ! Et en continuant d’avancer nous avons vu le clocher sortir de terre comme par enchantement et s’élever vers le ciel! Ouf!

Michel GUESNET